Quels sont les nuisibles qui vivent dans les catacombes de Paris ?
Sous les rues de Paris s'étend un réseau souterrain de plusieurs centaines de kilomètres. Les catacombes, dont l'ossuaire municipal constitue la partie la plus connue, forment un environnement obscur, humide et tempéré toute l'année. Des conditions peu hospitalières pour les humains, mais parfaitement adaptées à certaines espèces de nuisibles qui y prospèrent en toute discrétion.
Le rat brun, habitant historique des souterrains parisiens
Le rat brun (Rattus norvegicus) est sans doute l'espèce la plus emblématique des sous-sols de Paris. On le retrouve dans les égouts, les caves, les galeries techniques et, naturellement, dans les zones accessibles des catacombes. Son aisance en milieu humide et sombre en fait un occupant permanent de ces espaces.
Dans les catacombes, le rat brun trouve un abri stable, à l'abri des prédateurs et des variations climatiques de surface. Il se nourrit de tout ce qu'il peut trouver : déchets organiques charriés par les infiltrations d'eau, restes abandonnés par des visiteurs clandestins, voire petits invertébrés présents dans les galeries. Sa capacité à nager lui permet de circuler entre les zones inondées qui parsèment le réseau souterrain.
La blatte orientale : l'insecte de l'ombre et de l'humidité
La blatte orientale (Blatta orientalis) affectionne particulièrement les environnements sombres et humides, ce qui fait des catacombes un habitat de choix. Plus lente et moins agile que la blatte germanique que l'on trouve dans les cuisines, la blatte orientale mesure entre 2 et 3 centimètres et se reconnaît à sa couleur brun foncé à noir brillant.
Elle se nourrit de matières organiques en décomposition et prospère dans les zones où l'eau stagnante est présente. Dans les catacombes, elle colonise les recoins humides, les fissures dans la pierre calcaire et les zones proches des infiltrations. Sa présence souterraine contribue à la chaîne alimentaire locale, servant de proie aux autres espèces.
Le poisson d'argent : discret mais omniprésent
Le lépisme, plus connu sous le nom de poisson d'argent (Lepisma saccharina), est un petit insecte argenté et aplati qui mesure environ un centimètre. Il se déplace rapidement et fuit la lumière. Son habitat naturel inclut tous les lieux sombres et humides, et les catacombes n'y font pas exception.
Le poisson d'argent se nourrit de :
- Matières amylacées (colles, papier, reliures).
- Moisissures et champignons microscopiques.
- Petits débris organiques.
- Lichens et micro-organismes présents sur la pierre.
Sa présence dans les catacombes reste discrète, mais elle témoigne de la richesse insoupçonnée de la microfaune souterraine.
Chauves-souris : des visiteuses ponctuelles
Certaines zones des catacombes et des carrières souterraines d'Ile-de-France accueillent des chauves-souris, notamment pendant la période d'hibernation. Ces mammifères volants recherchent des sites stables en température et en hygrométrie, à l'abri des perturbations extérieures.
Les espèces observées dans les souterrains franciliens appartiennent principalement aux genres Myotis et Rhinolophus. Elles ne sont pas des nuisibles au sens strict — elles sont d'ailleurs protégées par la loi — mais leur présence dans les catacombes illustre la diversité biologique de ces espaces. Elles contribuent à la régulation des populations d'insectes, y compris certains moustiques qui s'aventurent dans les galeries.
Araignées et cloportes : les petits recycleurs
Les catacombes hébergent également une faune d'invertébrés discrète mais bien implantée.
Les araignées
Plusieurs espèces d'araignées cavernicoles ou troglophiles tissent leurs toiles dans les galeries. Elles se nourrissent de petits insectes et participent à l'équilibre écologique souterrain. Leur présence est un indicateur de la vitalité de l'écosystème local.
Les cloportes
Les cloportes, ces petits crustacés terrestres qui s'enroulent sur eux-mêmes lorsqu'ils sont dérangés, trouvent dans l'humidité des catacombes un milieu idéal. Ils se nourrissent de matière organique en décomposition et jouent un rôle de décomposeurs, contribuant au recyclage de la matière dans cet environnement clos.
Un clin d'oeil aux souterrains de Strasbourg
Paris n'est pas la seule ville française à posséder des sous-sols historiques peuplés de nuisibles. Strasbourg dispose également de vastes caves et galeries souterraines, héritées de siècles d'histoire. Ces sous-sols, bien que différents des catacombes parisiennes dans leur structure, présentent des conditions similaires : obscurité, humidité constante, température stable.
On y retrouve une faune comparable : blattes, cloportes, araignées, et parfois des rongeurs qui exploitent les connexions entre caves et réseaux d'assainissement. La problématique de gestion des nuisibles en milieu souterrain se pose donc dans de nombreuses villes, bien au-dela de la capitale.
Explorer les catacombes : une activité illégale et risquée
Un dernier point mérite d'être souligné : l'exploration des catacombes non officielles, pratiquée par les "cataphiles", est strictement interdite par arrêté préfectoral. Au-dela de l'amende encourue, les risques sont réels : effondrement, désorientation, montée des eaux, et bien entendu, contact avec la faune décrite dans cet article. Si les catacombes sont peu adaptées pour les humains, elles constituent en revanche un refuge remarquable pour les nuisibles souterrains.
Un écosystème souterrain méconnu
Les catacombes de Paris ne sont pas un simple ossuaire figé dans le temps : elles abritent un écosystème vivant, discret et résilient. Des rats bruns aux cloportes, en passant par les blattes orientales et les chauves-souris, chaque espèce occupe une niche dans cet environnement singulier. Si cette faune souterraine pose rarement problème en profondeur, elle peut en revanche remonter vers les caves et les rez-de-chaussée des immeubles situés au-dessus. Dans ce cas, une intervention de dératisation ou de désinsectisation professionnelle permet de rétablir la situation rapidement et durablement.
