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INFORMATION

Chenille processionnaire : guide national d'information

Tout savoir sur la chenille processionnaire en France : identification, danger santé publique, signalement, calendrier saisonnier (décret 2022-1086).

La chenille processionnaire en France : situation actuelle

La chenille processionnaire est un lépidoptère défoliateur dont les larves sont aujourd’hui considérées comme l’un des principaux risques sanitaires liés à un insecte sur le territoire métropolitain. Deux espèces coexistent en France et concernent des essences forestières distinctes : la processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa), historiquement implantée dans le sud du pays, et la processionnaire du chêne (Thaumetopoea processionea), plus répandue dans la moitié nord.

Pendant plusieurs décennies, la processionnaire du pin était cantonnée au pourtour méditerranéen et à l’Aquitaine. Sous l’effet conjugué du réchauffement climatique et de la diminution des hivers froids, son aire de répartition progresse régulièrement vers le nord et en altitude. Selon les observations de l’INRAE, le front de colonisation a dépassé la Loire depuis plusieurs années et atteint désormais l’Île-de-France, la Normandie, la Bretagne et les premières franges du Bassin parisien. La processionnaire du chêne, quant à elle, connaît des pullulations cycliques dans le Grand Est, les Hauts-de-France, le Centre-Val de Loire et l’Île-de-France.

Cette expansion, conjuguée à la densification des espaces verts urbains, explique la montée des signalements dans des communes qui n’étaient pas concernées il y a vingt ans.

Identifier l’espèce

Les deux espèces se distinguent par leur arbre-hôte, leur morphologie et leur calendrier.

Processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa)

  • Arbres-hôtes : pin noir, pin maritime, pin sylvestre, pin d’Alep, cèdre.
  • Nid : poche de soie blanche, dense et brillante, accrochée aux extrémités des branches, très visible en hiver.
  • Chenilles : 3 à 4 cm à maturité, corps brun-noir couvert de longs poils urticants, avec des taches rougeâtres sur les flancs.
  • Comportement : les larves descendent au sol en file indienne (procession) entre la fin de l’hiver et le printemps pour s’enfouir et se nymphoser.

Processionnaire du chêne (Thaumetopoea processionea)

  • Arbres-hôtes : chêne pédonculé, chêne sessile, plus rarement chêne pubescent.
  • Nid : amas de soie grisâtre plaqué contre le tronc ou les grosses branches, contenant exuvies et déjections.
  • Chenilles : 2 à 3 cm, corps gris-bleu avec une bande dorsale plus sombre, recouvert de poils urticants.
  • Comportement : procession sur le tronc et les branches, généralement sans descente au sol prolongée.

Le terme « procession » désigne le déplacement caractéristique en colonne, parfois sur plusieurs mètres, qui rend ces chenilles repérables même par un observateur non initié.

Le danger pour la santé humaine

Le décret n° 2022-1086 du 29 juillet 2022, complété par l’arrêté ministériel du 25 juillet 2022, classe les deux espèces de chenilles processionnaires parmi les espèces d’insectes nuisibles à la santé humaine au sens de l’article L. 1338-1 du Code de la santé publique. Ce classement engage l’État, les collectivités et les propriétaires dans une logique de prévention partagée.

Le danger ne provient pas d’une morsure ou d’une piqûre, mais de microscopiques poils urticants (environ 100 à 200 micromètres) portés par les larves dès leur troisième stade larvaire. Chaque chenille en porte plusieurs centaines de milliers. Ces poils contiennent une protéine urticante, la thaumétopoéine, qui déclenche une réaction inflammatoire et allergique au contact des muqueuses ou de la peau.

Les poils sont particulièrement dangereux parce qu’ils sont :

  • libérés dans l’air lorsque les chenilles se sentent menacées ou lors de la dégradation des nids ;
  • transportés par le vent sur plusieurs dizaines de mètres ;
  • persistants dans l’environnement (nids vides, sol au pied des arbres) pendant plusieurs mois, voire années ;
  • capables de pénétrer les vêtements légers.

Symptômes possibles selon la zone d’exposition

  • Peau : éruption urticarienne, démangeaisons intenses, papules rouges ressemblant à des piqûres.
  • Yeux : conjonctivite, larmoiement, douleur, rarement atteinte cornéenne plus grave.
  • Voies respiratoires : éternuements, toux, gêne respiratoire, exacerbation d’asthme.
  • Bouche et gorge : irritation, dysphagie en cas d’ingestion accidentelle.
  • Réactions générales : œdème, choc anaphylactique chez les personnes sensibilisées (rare mais documenté).

Gestes recommandés en cas de contact

  • Ne pas frotter la zone touchée (cela enfonce davantage les poils).
  • Retirer les vêtements exposés et les laver à 60 °C.
  • Rincer abondamment la peau ou les yeux à l’eau claire.
  • Consulter un médecin en cas de symptômes oculaires, respiratoires ou généraux.
  • En cas de réaction sévère ou de difficulté respiratoire, appeler le 15.

Les enfants, qui jouent souvent au sol et près des arbres, et les personnes asthmatiques ou allergiques constituent les populations les plus vulnérables.

Le danger pour les animaux domestiques

Le chien est l’animal le plus fréquemment victime des chenilles processionnaires, notamment celle du pin. Sa curiosité naturelle l’amène à renifler ou lécher les chenilles en procession au sol.

Le contact des poils urticants avec la langue ou les muqueuses provoque une réaction inflammatoire fulgurante. La langue gonfle massivement, prend une teinte violacée, puis évolue rapidement vers une nécrose tissulaire pouvant aboutir à la perte d’une portion de langue. La déglutition devient impossible, l’animal hypersalive, refuse toute alimentation, peut présenter des vomissements et un état de choc.

Cette situation constitue une urgence vétérinaire absolue : chaque heure compte. Les premiers gestes consistent à rincer abondamment la gueule de l’animal à l’eau claire (sans frotter) en se protégeant les mains, puis à le conduire immédiatement chez un vétérinaire. Les chats, plus prudents, sont moins souvent touchés mais peuvent l’être par contact cutané.

Les chevaux et les bovins peuvent également être exposés via le fourrage ou par inhalation au pâturage.

Cycle biologique et saisonnalité

Le cycle de la processionnaire du pin s’étend sur environ douze mois et se compose de plusieurs phases successives :

  • Juin – juillet : émergence des papillons adultes, accouplement et ponte sur les aiguilles de pin.
  • Août – septembre : éclosion des œufs, premiers stades larvaires.
  • Octobre – février : construction des nids d’hiver, alimentation nocturne sur les aiguilles, croissance des larves.
  • Février – mai : descente des chenilles au sol en procession pour la nymphose dans le sol — période de plus haut risque sanitaire.
  • Mai – juin : nymphose enterrée.

Pour la processionnaire du chêne, le calendrier est légèrement décalé : ponte en été, éclosion au printemps suivant, processions sur les troncs entre mai et juillet.

La période de mars à mai concentre le plus grand nombre d’incidents pour la processionnaire du pin, et mai à juillet pour la processionnaire du chêne.

Comment signaler une présence

Plusieurs canaux institutionnels permettent de signaler la présence de chenilles processionnaires :

  • Sa mairie : interlocuteur de proximité, en charge des arbres du domaine public communal.
  • La préfecture du département (service environnement / santé publique) : centralise les signalements à l’échelle départementale dans le cadre du plan national de lutte.
  • L’ARS (Agence Régionale de Santé) : compétente sur le volet santé humaine.
  • La FREDON régionale (Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles) : organisme reconnu pour la surveillance et la coordination phytosanitaire.
  • La plateforme nationale de signalement mise en place par certaines régions, accessible via les sites des préfectures ou des FREDON.

Le signalement doit préciser la localisation (adresse, parcelle), l’essence d’arbre, le nombre de nids visibles et la date d’observation. Une photographie facilite l’identification.

Cadre réglementaire

Le décret n° 2022-1086 du 29 juillet 2022 et l’arrêté du 25 juillet 2022 constituent le socle réglementaire actuel. Ils intègrent les chenilles processionnaires du pin et du chêne dans la liste des espèces nuisibles à la santé humaine prévue à l’article L. 1338-1 du Code de la santé publique.

Cette inscription :

  • ouvre la possibilité pour les préfets de prendre des arrêtés de lutte obligatoire sur tout ou partie d’un département ;
  • engage les propriétaires (publics et privés) à participer aux mesures de lutte décidées localement ;
  • s’inscrit dans un plan national de lutte coordonné par le Ministère de la Santé et le Ministère de l’Agriculture, avec l’appui scientifique de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail).

Les rapports d’expertise de l’ANSES (notamment celui de 2020 sur les risques sanitaires liés aux chenilles urticantes) constituent la référence scientifique du dispositif.

Lutte préventive et curative

Plusieurs méthodes complémentaires sont mobilisées, à choisir selon la saison, la hauteur des arbres et le contexte (école, voirie, zone naturelle) :

  • Échenillage hivernal mécanique : retrait et destruction des nids entre novembre et février, par des opérateurs équipés de protections intégrales (combinaison, masque FFP3, lunettes). Méthode de référence en milieu urbain.
  • Pièges à phéromones (éco-pièges, pièges entonnoirs) : ceinturent le tronc pour intercepter les chenilles qui descendent au sol, ou capturent les papillons mâles pendant l’été. Ils s’inscrivent en lutte intégrée et permettent un suivi des populations.
  • Lutte biologique au Bacillus thuringiensis sérotype kurstaki (Btk) : pulvérisation foliaire à l’automne, lorsque les jeunes larves sont sensibles. Sélectif sur les lépidoptères, autorisé en agriculture biologique.
  • Traitements par drone : permettent l’application du Btk sur des arbres de grande hauteur ou difficilement accessibles, en limitant la dérive.
  • Lutte sylvicole : diversification des essences, plantation d’espèces non-hôtes, conservation des prédateurs naturels (mésanges, coucou, certains carabes, chauves-souris).
  • Information et signalétique : panneaux d’avertissement dans les parcs et zones boisées pendant les périodes à risque.

Le brûlage des nids in situ est strictement déconseillé : il libère massivement les poils urticants dans l’air et expose l’opérateur ainsi que le voisinage.

Sources institutionnelles utiles

  • Décret n° 2022-1086 du 29 juillet 2022 et arrêté du 25 juillet 2022 — Légifrance.
  • ANSESAvis et rapports relatifs aux risques sanitaires liés aux chenilles urticantes (2020).
  • Ministère de la SantéPlan national de lutte contre les chenilles processionnaires.
  • Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaireSurveillance biologique du territoire.
  • INRAESuivi de l’expansion géographique de la processionnaire du pin.
  • ONF (Office National des Forêts)Gestion des chenilles processionnaires en forêt.
  • FREDON FranceRéseau régional de surveillance et de conseil.
  • Santé publique FranceSurveillance des effets sanitaires.

Pour les communes

Les collectivités sont en première ligne pour la gestion des arbres du domaine public, la communication aux administrés et la coordination avec les services techniques. Une ressource gratuite dédiée aux mairies, contenant des documents téléchargeables (guide à diffuser aux administrés, protocole communal d’échenillage), est disponible : Chenille processionnaire — kit communes.

Pour les particuliers

Les particuliers concernés par la présence de chenilles processionnaires sur leur propriété peuvent consulter notre page dédiée : traitement des chenilles processionnaires.

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